mardi 15 mai 2012

85. Louise


Entre Sara et le Père, on parlait de mésalliance, et la religion commune n'y faisait rien.
La famille du Père avait commencé les hostilités et disait de Sara qu'elle était une "chaouía", une fille de paysan.
La famille de Sara avait eu des échos de ce mépris et avait commencé à dire que le Père était fils de brocanteur et manquait de religion.
Je me souviens que le Père disait qu'il ne savait pas lire, il fallait entendre qu'il ne savait pas déchiffrer l'hébreu du Livre Sacré.
Le Père, tout instituteur qu'il était parvenu à être, n'avait jamais réussi à assimiler la lecture de l'hébreu et en souffrait.
Les frères de Sara lisaient trois langues, en parlaient deux. Samuel parlait mieux l'arabe que le français.
Samuel et Rachel se disputaient et se disaient leurs secrets dans l'intimité de la langue arabe.
Louise ne parlait que français et l'espagnol semblait perdu pour elle depuis longtemps.
Louise s'enorgueillissait d'habiter la ville et voulait la réussite du Père, son fils aîné, contre David qui le voulait au magasin.
Pour Louise, avoir un fils aîné instituteur, n'était pas tant enseigner qu'approcher le destin enviable des fonctionnaires français.
Pour Louise, avoir un fils aîné qui épouserait une femme dont les parents parlaient arabe était descendre dans l'échelle de l'état colonial.
Louise qui venait d'entrer dans le veuvage engagea sa guerre personnelle contre Sara qui lui volait son fils aîné, promu soutien de famille.
Louise voulait oublier son enfance passée dans la basse Casbah entre le Marché et la rue de la Synagogue.
Louise avait gravi les cinq étages de l'immeuble de la rue du Sans Grade où elle s'était installée avec David, juste revenu des Dardanelles.
Louise avait économisé secrètement en mettant des pièces de cinq sous dans une boîte de fer blanc pour que le Père puisse étudier.
Louise avait protégé les Livres et les Cahiers de son fils, des colères de David qui, de rage, faisait tout passer par le balcon.
Maintenant David était mort.
Et son fils choisissait d'épouser une femme de Saint Démon, dont les parents parlaient arabe et s'habillaient comme des "indigènes".
Louise se rendit à Saint Démon pour les présentations, fut prise le deuxième jour de violents maux de tête et perdit la vue.

(à suivre...)
LB

dimanche 13 mai 2012

85. Salah Guemriche


Je lis "Alger la Blanche" biographies d'une ville de Salah Guemriche.

Les écrivains du XIXè font de la Ville une femme ou une bête fauve, ensorceleuse, Circé d'Afrique.
La palme est à Jean Lorrain : " nonchalante Circé d'Afrique aux yeux gouachés de khôl, implorants et si noirs sous leurs longues paupières."
Léon l'Africain s'appelait Hassan Ibn Mohamed El-Fassi.
Le géographe arabe de Cordoue El-Bekri s'appelait Abou Oubaïd Abdallah ibn Abd el-Azz ibn Mohamed el-Bekri.
"La Casbah n'est pas un quartier, c'est la conscience endormie d'une civilisation." dit Himoud Brahimi alias Momo l'Illuminé de la Casbah.
Le navire à roues "Le Sphinx" fait partie de l'armada française qui part de Toulon pour conquérir Alger.
Le Sphinx revient annoncer la conquête d'Alger. En 1833, le Sphinx, encore lui, emporte l'obélisque égyptienne vers la Place de la Concorde.


La Méditerranée a vu tant de naufrages, les pirates et les guerres, et puis plus rien, jusqu'aux noyés qui tombent des esquifs de migrants.
La Ville est d'abord comptoir phénicien, baptisé Ikosim, devient le municipe Icosium puis est livrée comme butin à Ptolémée de Maurétanie. Ptolémée de Maurétanie, fils de Juba II, roi numide élevé par Octavie sœur d'Octave, épouse Claphyra, veuve d'un fils d'Hérode Ier le Grand. Icosium était une cité berbère et pour une part judéo-berbère.

Lors du creusement du métro d'Alger, on exhume les vestiges d'une basilique paléo chrétienne du IVè siècle.

Je me souviens que le Père disait qu'il allait se baigner chaque matin d'été à la Pointe Pescade.
Sur la photographie en noir et blanc, à bord crénelé, on voit le Père en maillot de bain, debout, adossé à un rocher. Il regarde l'objectif.
Le Père a une main posée sur la pierre, une jambe croisant l'autre, son corps suivant une courbe, arc de cercle, dont la main est le centre.
Salah Guemriche écrit qu'aujourd'hui la Pointe Pescade a le nom d'un écumeur des mers du XVIème qui devint amiral d'Alger : Raïs Hamidou.
J'apprends que le Lycée a accueilli entre 1942 et 1945 le siège de la France libre. J'apprends que le peintre Louis Fernez a conçu les gravures des timbres le Coq français et la Marianne d'Alger, en 1944.
J'apprends que le peintre Louis Fernez, ancien élève de l'école des Beaux Arts d'Alger a conçu la décoration du Lycée.
J'apprends que François Mitterand, en novembre 1954, a dit peu de jours après le déclenchement de la Guerre : "L'Algerie, c'est la France !"


Salah Guemriche raconte le cinéma en Algérie et dit que les algériens y sont le plus souvent invisibles.
Je regarde Pépé le Moko de Julien Duvivier avec Jean Gabin dans la Casbah transformée en maquis pour cambrioleur venu de Paris.
Le commissaire Slimane de Pépé le Moko est arabe, et ressemble à s'y méprendre à une caricature des années 30, du juif vu par les européens.
Régis habillé du vêtement des autochtones ressemble à Tartarin de Tarascon venant chasser les lions.
Les femmes dans Pépé le Moko sont à l'honneur. Frehel chante un moment de sa vraie voix poignante sur fond de sa voix cassée de microsillon.

(à suivre...)
LB

samedi 28 avril 2012

84. Le système colonial


Lila dit, il y a une archéologie de la Guerre, ces hommes qui cherchaient leur avenir, malgré le mépris ou les roueries du colonisateur.
Lila dit, il faudrait écrire une archéologie des discours, il faudrait lire ce qu'avant les déflagrations de l'Europe, ces hommes pensaient.
Lila dit, il faudrait lire ce que l'état colonial leur répondait.

Lila dit, il faudrait lire les débats à l'Assemblée, sur les nationalités et l'octroi de la nationalité française en Algérie avant 1939.

Lila note, 1840, Leblanc de Prebois, "De la nécessité de substituer le gouvernement civil au militaire pour la victoire de la colonisation".

Chaque pierre, chaque parcelle, chaque habitant de ce pays était marqué du sceau de l'injustice qui l'avait fondé, aucun moyen d'y échapper.
Jeanne disait à Lila que le chemin vers la connaissance du fait colonial passait inévitablement par la honte.


Jeanne disait à Lila que le système colonial insufflait en chaque enfant qui naissait en ce pays la part d'injustice qu'il devrait porter.
Jeanne disait que le système colonial était fait de papiers qui règlementaient les inégalités de droit, traçaient les frontières invisibles.
Jeanne disait à Lila que l'état français avait mis un siècle à tisser ce maillage mortifère, par la guerre des Armes et la guerre de Papier.
Jeanne disait à Lila, quand tu naissais dans ce pays, pour ne pas avoir à vivre de l'injustice, il aurait fallu cesser de respirer.

(à suivre...)
LB

mardi 24 avril 2012

83.Le Bain Maure

Je me souviens du bain maure de Saint Démon.
Je me souviens qu'on entrait, d'abord dans une salle couverte de faïences bleues, autour de laquelle, longeant les murs, des bancs maçonnés.
Je me souviens ensuite de la vapeur qui emplissait l'espace d'une pièce voûe et entourait les corps dans la pénombre.
Je me souviens des petites vasques semi-circulaires et de l'eau fraîche qui coulait des robinets de cuivre à notre hauteur.
Je me souviens du savon de Marseille, du vinaigre, du gant de crin, des récipients de cuivre, des peignes en os et des petites casseroles.
Je me souviens des flaques et des glissades dans l'eau savonneuse.
Je me souviens de l'eau fraîche qui coulait sur nos corps brûlants.
Je me souviens du moment où il fallait cesser de jouer pour être sérieusement lavées.
C'est la tante Semia qui lavait le mieux. Elle commençait par le savon de Marseille, une bonne couche partout, y compris la tête.
Je me souviens du gant de coton qu'il fallait tenir des deux mains, bien appliqué devant les yeux bien fermés.
La tante Semia était, dans le lavage, précise et méthodique, après le savonnage, le frottage, et lève le bras et puis l'autre et lève le pied.
Je me souviens qu'installés tour à tour entre les jambes de Semia, nous faisions le dos rond, bras repliés, comme dans le ventre d'une mère.
Je me souviens que Semia nous apprenait le frottage qui rendait propre comme un sou neuf, qui faisait la peau parfaitement douce.

Je me souviens qu'apparaissait, alors, sous nos mains, la preuve même que nous avions é jusque là sans le voir, "sales comme des peignes".
Je me souviens que Semia donnait à chacun un morceau du savon de Marseille coupé au couteau, et qu'elle l'adaptait à la taille de nos mains.
Je me souviens qu'il fallait faire le "décrassage" à main nue avant tout savonnage, dans la vapeur qui avait amolli nos peaux.

(à suivre...)
LB

lundi 23 avril 2012

82. Enfants dans la Guerre (5)

Que cherchons-nous, nous qui avons été des enfants dans la Guerre, que cherchons nous en interrogeant sans cesse ce passé ? 
C'est que nous avons été des enfants dans ce pays et que, comme chacun, nous faisons, approchant nos vieux jours ce tout dernier retour. 
C'est que le tissu de notre enfance était cette Guerre, notre enfance a eu lieu sur la scène de ces combats. 
C'est que nous étions là, dans notre impossibilité d'agir, et que, comme les enfants, nous imaginions participer au monde en héros. 
C'est que notre pensée posait ses fondations au creux de nos enfances, cette pensée mêlée qui reste pour la vie, chevillée en les cœurs. 
C'est que cette pensée a creusé ses sillons au fond desquels notre vie a germé, sans abri contre les bruits ni les combats du monde. 

(à suivre...) 
LB

dimanche 22 avril 2012

81. Le visage de Ben Bella

Je me souviens de Ben Bella, et d'abord de son nom qu'il aurait fallu prononcer, en doublant la lettre l d'un léger enroulement de la langue. 
Je me souviens du nom de Ben Bella qui était prononcé Bene Béla en détachant bien les syllabes avec l'accent appuyé sur le a. 
Je me souviens qu'on disait à propos de Ben Bella "terroriste","hors la loi" ou "rebelle" mais pas "fellagha" ni "embuscades".
Je me souviens des images de Ben Bella et ses compagnons, les deux mains tenues devant eux, menottées.
Je me souviens que, ce jour là, Ben Bella a eu un visage et un corps et que j'ai bien vu qu'il ressemblait aux frères de Sara.


Lila dit, ce détournement de l'avion, transportant Ben Bella et le GPRA, a été un tournant fatal de cette Guerre absurde et perdue d'avance. 
Lila dit, c'était seulement deux ans après le déclenchement de la lutte armée, et la Guerre allait encore durer six ans.


Lila dit, c'est à ce moment que tout se noue, que le futur s'annonce, le Journal s'amuse et titre "un Coup de Théâtre". 
Lila dit, les négociations avaient commencé, l'arrestation de Ben Bella est le moment de la prise de pouvoir du militaire sur le politique. 
Lila dit, après le détournement de l'avion, coups fourrés et coups d'état se succèdent, mensonges au zénith, le Théâtre des combats s'étend. 
Lila dit, on en revient toujours à cette Guerre de Papier : comment donc négocier avec des êtres qu'on considère comme inférieurs en droit ? 
Lila dit, la Guerre de Papier était le nerf de la Guerre, son coeur, le point névralgique des malheurs. Ses crimes précédaient les meurtres. 
Les crimes de Sang ont été remplacés par les crimes de Papier et les crimes de Papier ont fini en crimes de Sang.

(à suivre...)
LB

80. Le Lycée

Je me souviens du Lycée, je me souviens de la vue sur la ville et la mer au loin.


Je me souviens que le bâtiment central ouvrait sur un patio, et dans le patio un escalier monumental.


Je me souviens que les élèves entraient en rang par deux, traversaient le patio et s'engageaient dans l'escalier.


Je me souviens des coursives qui ouvraient sur les classes et que, de leurs balcons, on suivait des yeux les élèves jusqu'à la porte de leur classe.


Je me souviens que c'était comme un ballet presque silencieux orchestré par la surveillante générale.


Je me souviens qu'au fond de la grande cour, il y avait un petit pavillon avec un dôme et que c'était la classe de musique.


Je me souviens des pins parasols et des chenilles processionnaires qui les quittaient au printemps.

Je me souviens des créneaux qui bordaient la cour et que j'y ai passé tant de temps à contempler la ville qui descendait vers la mer.

Je me souviens des terrains de sport étagés à flan de colline et que nous courrions sur les murets et que nous jouions au ballon prisonnier.

Je me souviens que Sara et le Père nous pensaient là en sécurité, jusqu'à l'explosion de la bombe du rectorat.

Je me souviens que les hélicoptères tournaient dans le ciel et que c'était le putsch des généraux, on disait "le putsch".

Je pensais que le mot "putsch" ressemblait à "strounga" et à ces onomatopées des bulles des bandes dessinées que le Père réprouvait.

Je me souviens de l'hélicoptère et d'avoir entendu une élève dire, il faut s'asseoir dans la cour et dessiner OAS, ils nous verront du ciel.

Je me souviens qu'elles se sont toutes assises formant les trois lettres au sol et que, finalement, moi aussi, j'y suis allée.

Je me souviens n'avoir pas su faire autrement.

Je me souviens d'avoir vu Cherifa, Nadia et Ourida entrer dans le bâtiment.

Je me souviens que les professeurs ont laissé faire la "manifestation".

Je me souviens de ma honte et d'avoir su que je trichais.

Je ne me souviens pas avoir dit au Père que je le trahissais.

Je ne me souviens pas avoir dit au Père que j'avais eu peur, en n'y allant pas, de nous trahir.

C'était juste après le départ de Marie pour la France.

Je me souviens que je restais souvent assise entre les murets d'un créneau, à regarder la lumière sur la ville.


Je me souviens que j'évitais d'entendre ce que disaient les autres.

Les lycéennes se réjouissaient du putsch, elles et les professeurs, presque tous les professeurs, du moins à ce qu'il semblait.

Je me souviens que les bruits de la Guerre étaient devenus si assourdissants, qu'ils étaient entrés dans le Lycée et y résonnaient sans fin.


 (à suivre...) 
 LB

mercredi 11 avril 2012

79. La robe brodée


Sara se souvient que son père avait plus d'indulgences pour elle que pour ses sœurs plus âgées.



Sara dit qu'elle portait le prénom de la mère de Samuel et que cela seul suffisait à atténuer la dureté de son éducation.

Sara se souvient qu'elle était fière de ne jamais le fâcher et y mettait tout son cœur.

Sara disait que Samuel et Rachel étaient déjà âgés à sa naissance.

Sara se souvient que Rachel avait 43 ans et que Samuel en avait 11 de plus.

Sara dit que Samuel ne l'a frappée qu'une fois et qu'elle avait déjà 17 ans.

Sara se souvient que son père l'a frappée et a déchiré la robe brodée qu'elle avait cousue elle-même.

Sara dit que son père l'avait vue parler avec un garçon sur le pas de la porte.

Sara se souvient que c'était un cousin éloigné et que, c'était vrai, elle l'aimait en secret.

(à suivre...)

LB

78. Pain de plastic



Je lis un roman noir qui a pour titre Alger la Noire.

On est en 1962. Je lis le mot "strounga".

Je me souviens du mot "strounga" et qu'il fallait prononcer le s suivi du t comme un ch suivi de t.



Je me souviens que "strounga" voulait dire explosion d'un pain de plastic.

Je me souviens qu'on disait "pain de plastic", ce qui signifiait que l'explosif pouvait être pétri et mis en forme comme une pâte à modeler.

Je me souviens que de son poids dépendait la force de l'explosion.

Je me souviens avoir imaginé qu'on en coupait des tranches plus ou moins larges. 

Je me souviens que les oncles disaient le mot "strounga" et que le Père disait "plasticage de l'OAS".

Je me souviens que le mot "strounga" signifiait en réalité "explosion qui rend joyeux" et ponctuation nocturne des concerts de casseroles.

Je me souviens du mot "strounga" comme je me souviens du mot "indigène", deux gros mots de la Guerre et le Père ne voulait pas les entendre.

Je me souviens qu'on voyait tomber les vitres avec un bruit tintinabulant et cristallin juste après avoir entendu le fracas plus ou moins lointain de l'explosion. 

Je me souviens qu'on disait que les vitres avaient été soufflées et qu'on parlait du "souffle des explosions".


(à suivre...)

LB

mardi 10 avril 2012

78. Pâques à Saint Démon


Je me souviens de la maison de Samuel et Sara à Saint Démon.  

Je me souviens de la maison de Samuel et Rachel dans le village de Saint Démon.


Je me souviens qu'on pouvait aller seuls jusqu'à la place du village, pour acheter quelques sous de bonbons chez l'épicier.



Je me souviens que c'était comme partir à l'aventure, s'enfoncer dans une forêt profonde ou goûter à la liberté qui allait sûrement advenir.

Je me souviens que la maison de Saint Démon qui avait abrité l'enfance de Sara et de ses onze frères et soeurs me semblait immense. 

Sara disait que c'était une ancienne clinique et que la maison tenait de cette fonction passée son plan en croix.


Je me souviens que deux portes à deux battants s'ouvraient devant sur un jardin et à l'arrière sur une cour.



Je me souviens du perron et que tous s'asseyaient sur ses marches par ordre de taille et posaient pour la photo.


Je me souviens du lilas qui fleurissait à Pâques quand nous allions Sara, le Père, la sœur, le frère et moi à Saint Démon.



Je me souviens des enterrements solennels de sauterelles, escargots et coccinelles dans des boîtes d'allumettes Le Jockey.

Je me souviens que Pierre nous apprenait à transformer les boîtes d'allumettes en noirs cercueils capitonnés de brins d'herbes et de fleurs.


Je me souviens qu'on pouvait faire du patin à roulettes dans le couloir traversant de la maison.




Je me souviens que lorsqu'il pleuvait, les enfants étaient autorisés à courir et jouer dans le couloir traversant la maison.



Je me souviens que c'est Pierre qui, revenu un beau jour de Paris pour les fêtes de Pâques, sillonnait le couloir sur ses patins tout neufs. 

Je me souviens que Pierre n'était plus le même, il avait un drôle d'accent et d'autres manières, et je me souviens qu'il m'avait oubliée.

(à suivre...)

LB 

lundi 9 avril 2012

77. Cessez le Feu



Les folies prennent les couleurs du temps.




Et puis, les fous prennent la couleur du temps.



Je me souviens des Accords d'Evian et du Cessez le Feu. 

Je me souviens que le Couvre Feu a continué après les Accords d'Evian, preuve que toute violence n'avait pas encore cessé.


Je me souviens qu'une partie de l'Armée française mutinée voulait la poursuite de la Guerre.




Je me souviens qu'ils ont attisé les peurs.



Je me souviens qu'ils ont voulu empêcher chacun de faire un choix réfléchi et qu'ils y sont presque totalement parvenu.


En deux mois, le Père est passé de "nous restons" à l'action d'accompagner Sara et les enfants vers la foule de l'Aéroport.



Je me souviens que le Père est resté pour finir l'année scolaire et que le jour de l'Aéroport, il nous a laissés pour aller faire sa classe. 

Je me souviens pourtant que le 18 mars 1962, le Père avait repris espoir.

(à suivre...)

LB 

dimanche 8 avril 2012

76. Histoire


Lila prend des notes devant la télévision.

"Le 1 novembre est le déclenchement de la phase armée de la révolution."

"La Guerre d'indépendance est une étape dans un processus commencé bien avant."


"La guerre a continué après le 19 Mars 1962."

"Le cessez-le feu n'est pas la paix".

"Je considère le 19 Mars comme le jour de la Victoire. Cela déclenche une immense course vers le pouvoir."


"Il faut faire des études locales de la guerre d'Algérie, étudier les autobiographies."

"Mon père était un combattant en Kabylie de la Wilaya III et enfant, j'entendais parler de cette histoire."


"Je fais des recherches sur la poésie kabyle de la lutte de libération nationale."

"Le recours au témoignage et à l'histoire orale est une nécessité" "Il faut marquer l'importance du je"


Noreddine Amara : "Le silence ne vaut pas consentement, et l'histoire transpire par la presse, la poésie, les récits."

"Qu'est ce qu'être historien en Algérie ?"


"Il y avait une autocensure sur l'histoire de Massali Hadj et du messalisme." 

Lila me dit : J'ai entendu ce matin que des études historiques étaient en cours sur Messali Hadj et sur les messalistes dans la guerre.

Je ne me souviens pas du nom de Messali Hadj dans la voix du Père.

(à suivre...)

LB

vendredi 6 avril 2012

75. Farès


Je me souviens avoir entendu, souvent, deux noms : Aberahman Farès et Ferhat Abbas. Le frère de Sara les prononçait en parlant avec le Père.

Le frère de Sara, disait, la Guerre est inévitable. Farès dit que leur patience est à bout, ils veulent l'indépendance.

Le frère de Sara disait Farès comme on dit de quelqu'un qu'on a bien connu, avec le ton de la camaraderie.


Quand le frère de Sara parlait de ce que disait Farès, il était entendu qu'on pouvait se fier à sa parole et à sa pensée.


Le frère de Sara en avait-il déduit qu'il y aurait la Guerre et qu’elle serait d’une cruauté extrême ?


Toujours est-il que Pierre est parti avec ses parents. Pierre est parti sans retour : il n'est plus venu jouer dans la cour après la classe.

Sara dit que dans les mois qui ont suivi son départ, je ne jouais plus et mangeais à peine, mais, de cela, je ne me souviens pas.

(à suivre...)

LB